Tous les ans, début janvier, la Terre passe au plus près du Soleil : 147 millions de kilomètres, contre 152 millions début juillet. La prochaine fois, ce sera le 3 janvier 2027. Nous passons chaque hiver du bon côté… et nous gelons quand même.
Voilà qui règle son compte à l'explication la plus répandue du froid, celle du radiateur : on a plus chaud collé contre lui qu'au fond de la pièce, donc l'hiver, la Terre doit s'éloigner. Elle s'éloigne bien. Oui… mais en été !
Tu en as d'ailleurs déjà vu la preuve, fin décembre, au journal télévisé : des Australiens en maillot de bain qui fêtent Noël sur la plage. Même planète, même jour, même distance au Soleil. Si le froid venait de l'éloignement, il ferait froid partout en même temps.
Ces cinq millions de kilomètres comptent : en janvier, la Terre entière reçoit environ 7 % de soleil en plus qu'en juillet. Sept pour cent de mieux, et on gratte le pare-brise !
Alors d'où vient le froid ?
La Terre tourne penchée, comme une toupie qui ne se redresse jamais, et elle garde cette inclinaison tout au long de son tour. En juin, c'est notre moitié nord qui penche vers le Soleil ; en décembre, c'est l'autre. Pour nous, au sol, cela change une chose : la hauteur du Soleil dans le ciel. Vu de Paris, il monte à midi à 65° au-dessus de l'horizon le 21 juin : presque au-dessus des têtes. Le 21 décembre, il plafonne à 18°, à peine plus haut que les toits d'en face.
Prends une lampe de poche. Braquée droit sur la table, elle dessine un rond petit et vif. Incline-la : le rond s'étire en ovale, plus grand, plus pâle. C'est la même lumière, étalée sur plus de table.
Le Soleil de décembre est une lampe inclinée. À 18°, un faisceau s'étale sur trois fois plus de sol qu'à 65°. Chaque mètre carré de trottoir reçoit donc trois fois moins.
Et la même inclinaison raccourcit le jour. La Terre fait un tour sur elle-même en vingt-quatre heures ; en décembre, notre moitié nord penche du côté de l'ombre, et Paris passe la plus grande partie de ce tour dans la nuit : huit heures de jour, seize de nuit. En juin, c'est l'inverse. Plus on monte vers le nord, plus cet écart se creuse. Au pôle Nord, il va jusqu'au bout : le Soleil se couche fin septembre et ne se relève qu'en mars. Six mois de nuit d'un seul tenant.
Un Soleil trois fois plus faible à midi, pendant deux fois moins longtemps : au total, sur une journée, le sol de Paris reçoit environ cinq fois moins de lumière en décembre qu'en juin. En face, les 7 % de la distance ne pèsent rien.
Si tu as cru au radiateur, tu es en bonne compagnie. En 1987, à Harvard, le jour de la remise des diplômes, on a demandé à vingt-trois diplômés, anciens élèves et professeurs d'expliquer les saisons et les phases de la Lune. Vingt et un se sont trompés. L'idée du radiateur est si naturelle qu'elle survit aux meilleures écoles.
Tu n'es pas obligé de croire qui que ce soit sur parole. Le 21 décembre, vers 13 heures, sors et regarde ton ombre : à Paris, elle fera un peu plus de trois fois ta taille. Le 21 juin, vers 14 heures, à peine la moitié. La réponse est là, couchée par terre.
L'hiver, le Soleil est plus proche. Il monte seulement moins haut, et moins longtemps.